
Mardi 9 février, Nicolas Sarkozy a visité une usine de nettoyage industriel à Cormeron, dans le Loir et Cher. Le lendemain, Canal + en a présenté un résumé satirique dans son émission en clair, le Grand Journal.
On y aperçoit certains salariés de l’usine qui photographient ou filment le chef de l’État au moment où celui-ci traverse leur atelier, entouré de plusieurs ministres et autres officiels. Sarkozy, à qui la présence de ces photographes amateurs n’a pas échappé, les apostrophe d’un “Merci pour ceux qui ont pris des photos” et se rapproche d’eux pour échanger un bon mot. A-t-il reçu leurs prises de vue pour un hommage de plus, lui qui est habitué à la présence des objectifs des médias lors de chacune de ses apparitions publiques ? Y a-t-il vu un signe qu’au fond le petit peuple, celui des vrais travailleurs, le soutient et s’enorgueillit de pouvoir le photographier en vrai ?
L’adhésion politique n’a probablement pas grand-chose à voir avec le fait de sortir son appareil en pareille circonstance. La visite du président de la République est un événement exceptionnel qui, à ce titre, “mérite la photo”, comme on dit. Ainsi pourront-ils montrer à leurs proches qu’ils y étaient avec cette preuve en image, mais également conserver un souvenir suggestif de cet instant hors du commun. On retrouve le même réflexe chez cette Niçoise interviewée sur France Inter, qui s’émerveille des extravagances de l’hiver : “Il neige, c’est magnifique ! Je suis descendue sur la Croisette juste pour faire des photos, tellement c’est beau.” (Journal de 7 h, 11 février 2010)
Mais, dans le cas de la visite de Sarkozy, il y a peut-être autre chose : photographier ou filmer nécessite de prendre du recul, de se mettre à distance. C’est bien ce qui frappe dans cette séquence : le président avance au milieu d’un petit groupe compact de responsables et de journalistes, tandis que les employés-photographes se tiennent à plusieurs mètres, en surplomb sur une coursive pour avoir un meilleur point de vue. Ils ne sont pas au contact du chef de l’État qui devra combler l’écart physique avec eux en se rapprochant délibérément.
Le fait de photographier les conduit à se retrancher de l’événement, auquel ils assistent en spectateurs plutôt qu’en acteurs. Quand on a les mains occupées à manier l’appareil dont, de surcroît, on surveille l’écran, on ne peut pas rencontrer le regard de l’homme politique, encore moins répondre à son offre de poignée de main.
Bien sûr, faute de connaître suffisamment la situation de cette usine et de ses salariés, je m’aventure ici dans la spéculation. Mais je me demande si la décision de photographier cette scène, plutôt que de s’y mêler comme les autres, n’a pas constitué pour certains une manière honorable, élégante, de faire passer pour l’hommage dû au président de la République ce qui n’était en réalité qu’une prudente prise de distance.

La signalisation routière nous délivre des messages impératifs sous la forme d’images normalisées, codifiées. Dès lors que nous les avons intégrées, nous les appréhendons comme une autre forme de texte, même si elles n’en délivrent aucun. Devant un panneau de sens interdit, par exemple, il devient très difficile d’y voir encore un rond rouge barré en son milieu par un long rectangle blanc.




Une compétition de gymnastique dans un club amateur. Les jeunes filles ont revêtu leur juste-au-corps aux couleurs de leur équipe ; leurs cheveux sont tirés, rassemblés en chignons et laqués. Rien ne doit dépasser. Les épreuves s’enchaînent, d’un agrès à l’autre.



Voici quelques lettres qui se dégagent en creux d’une accumulation du même mot “moi”. La densité de ces “moi” déclinés dans plusieurs formats et polices de caractères crée une sorte de fond plus clair, surtout si on la regarde de loin. C’est d’ailleurs ainsi que nous sommes conviés à découvrir ce graphisme puisqu’il est imprimé sur une affiche. Appréhendés à plusieurs mètres de distance, les “moi” se confondent et deviennent illisibles ; seul ressort ce “nous” au bleu plus soutenu. Que signifie cette image intimement faite de textes, contrastant des “moi” innombrables qui saturent l’espace au point de s’effacer et ce “nous” qui surnage par défaut ?








À partir du IX